Difficile de passer à côté, depuis quelques semaines vous recevez certainement une pluie de messages à ce sujet : le fameux bouton de consentement dans les newsletters et les pixels de suivi associés.
Comme souvent avec le RGPD, il y a quelques nuances à comprendre. On fait le point, sans dramatiser mais sans minimiser non plus.
Pourquoi la CNIL s'intéresse-t-elle aux pixels de suivi
La plupart des solutions d’e-mailing (Brevo, Mailchimp…) intègrent automatiquement un pixel invisible dans les e-mails envoyés. Ce petit bout de code permet de savoir si un e-mail a été ouvert, sur quel appareil, parfois avec une localisation approximative, et d’alimenter des scénarios marketing automatisés.
Cette pratique est répandue depuis des années, sans qu’une doctrine claire n’existe vraiment à son sujet.
C’est justement ce flou juridique que la CNIL vient combler : elle considère désormais que ces pixels sont des traceurs, au même titre que les cookies (Google Analytics, Matomo…). Et qui dit traceur dit, sauf exception, consentement préalable du destinataire.
Y-a-t-il eu une nouvelle loi ?
Pas tout à fait. Il ne s’agit pas d’un texte de loi entré en vigueur ce jour-là, mais de l’échéance d’une période transitoire.
La CNIL a publié sa recommandation le 14 avril 2026, pour préciser comment le cadre existant s’applique concrètement aux pixels dans les e-mails. Les entreprises ont eu trois mois pour mettre en conformité leurs bases de contacts déjà constituées. Cette période s’est achevée le 14 juillet 2026 — d’où l’agitation de ces dernières semaines.
La date du 15 juillet marque simplement le moment où tout le monde est censé s'être mis en règle.
Faut-il un consentement spécifique pour utiliser ces pixels ?
Dans la grande majorité des cas, oui.
S’inscrire à une newsletter ne vaut pas automatiquement accord pour être suivi à l’ouverture de chaque e-mail : ce sont deux choses distinctes.
Si vous utilisez un pixel pour mesurer vos taux d’ouverture, analyser le comportement de vos abonnés ou nourrir vos statistiques marketing, la CNIL recommande de recueillir un consentement dédié dès la collecte de l’adresse e-mail.
En pratique, cela veut dire ajouter une information claire sur le formulaire d’inscription, avec une option que le visiteur peut cocher ou décocher librement.
Et les personnes déjà inscrites avant le 14 avril 2026 ?
Bonne nouvelle : pas besoin de leur redemander leur consentement dans l’urgence.
La CNIL a prévu un régime transitoire pour les bases déjà existantes.
En revanche, ces contacts devaient être informés avant le 14 juillet 2026 :
- que les e-mails qu’ils reçoivent contiennent un pixel de suivi ;
- à quoi ce suivi sert concrètement ;
- et comment s’y opposer simplement, s’ils le souhaitent.
C’est cette obligation d’information qui explique la vague de communications qu’on a tous reçues ces dernières semaines.
Pour les nouveaux inscrits, la logique change
Depuis la publication de la recommandation, les règles sont plus strictes pour les nouvelles adresses collectées. Le consentement doit être recueilli dès l’inscription, et non plus a posteriori. Autant adapter directement vos formulaires plutôt que d’attendre le premier envoi pour se poser la question.
Vous devez donc ajouter une case à cocher pour indiquer à l’utilisateur que vos campagnes d’e-mailings contiennent des pixels et pourquoi.
Le pied de page des newsletters doit-il changer ?
Oui, dans la plupart des cas.
Il doit permettre au destinataire de comprendre qu’un pixel de suivi peut être utilisé, et lui offrir un moyen simple de retirer son consentement : un peu comme le lien de désabonnement, déjà bien connu de tous.
Un point d’attention important : glisser une ligne discrète de plus dans vos mentions légales ne suffit pas. L’utilisateur doit pouvoir exercer son choix facilement, pas aller le chercher en bas d’une page qu’il ne lira jamais.
Est-ce que tous les pixels sont concernés ?
Non, la CNIL fait la distinction.
Certains usages purement techniques, strictement nécessaires au bon fonctionnement du service, peuvent être exemptés de consentement.
En revanche, dès qu’un pixel sert à mesurer les ouvertures, faire des statistiques marketing, profiler les utilisateurs, personnaliser les campagnes ou déclencher des scénarios automatisés, il entre dans le champ du consentement obligatoire. Et c’est précisément l’usage le plus courant.
Ce que les entreprises doivent vérifier concrètement
Si vous envoyez des newsletters ou des campagnes marketing, voici les points à passer en revue :
- Votre formulaire d’inscription recueille-t-il un consentement adapté ?
- Votre politique de confidentialité mentionne-t-elle les pixels de suivi ?
- Votre pied de page de newsletter informe-t-il clairement vos destinataires ?
- Vos contacts historiques ont-ils bien reçu l’information requise ?
- Votre outil permet-il de désactiver le suivi pour les personnes qui s’y opposent ?
Ces vérifications valent aussi bien pour les campagnes ponctuelles que pour les newsletters régulières.
Les outils d'e-mailing s'adaptent déjà
Plusieurs plateformes ont annoncé des évolutions pour permettre à leurs utilisateurs de gérer ce nouveau consentement plus simplement. Selon votre solution (Brevo, Mailchimp…) certaines fonctionnalités sont peut-être déjà disponibles, ou en cours de déploiement. Avant de bricoler une solution maison, mieux vaut vérifier ce que propose déjà votre prestataire.
En résumé
Cette recommandation de la CNIL ne remet pas en cause l’envoi de newsletters. Elle change simplement la manière dont les pixels de suivi doivent être utilisés. L’idée est finalement assez simple : permettre à chacun de savoir que ses ouvertures peuvent être suivies, et lui laisser le choix quand ce suivi sert des finalités marketing ou statistiques.
Pour les entreprises, l’essentiel tient en quatre actions : adapter les formulaires d’inscription, informer les contacts existants, mettre à jour les pieds de newsletter, et vérifier ce que propose déjà votre solution d’e-mailing.
Comme pour les cookies il y a quelques années, c’est une invitation à intégrer un peu plus de transparence dans ses pratiques marketing.